La nouvelle lubie des têtes pensantes du ministère est de donner dans l'égalitaire à travers l'accession facilitée aux élèves boursiers aux grandes écoles d'ingénieur et de commerce.
A l'instar de Sciences Po depuis quelques années, cela faciliterait la mixité sociale. On parle d'un objectif de 30% de boursier, donc un quota à l'entrée.
Je suis contre, et même archi contre.
J'ai fait une école de commerce assez prestigieuse, et j'en sais donc quelque chose: y accéder n'est pas facile et je le dois en partie au fait que j'habitais dans une ville où il y avait de nombreuses prépas (ce qui n'était pas le cas quelques années avant, lorsque nous avons quitté avec mes parents une autre ville de région parisienne). Cela m'a permis d'être confronté à cette idée de faire des études supérieures dans cette voie. Je n'y aurais pas pensé si je n'avais pas été dans un lycée de cette ville.
Mais ce n'est pas tout, je le dois aussi énormément à mon travail acharné. Si je n'avais pas réussi à intégrer ce lycée grâce à un bon parcours au collège, si je n'avais pas réussi à me maintenir dans ce lycée à l'issue d'une classe de seconde de tous les dangers, je n'aurais pas pu avoir cette chance d'accéder en classe préparatoire.
Quand à la classe préparatoire, j'en ai bavé, j'ai même fait 3 ans au lieu des 2 réglementaires car je n'avais pas réussi mes premiers concours.
On reproche aux concours de discriminer en sélectionnant en fonction d'un certain habitus. J'ai quand même réussi à passer à travers les épreuves orales même si ça a pu me desservir d'être enfant de fonctionnaires et petit-fils d'agriculteurs et non de cadres supérieurs. Je suis certes rentré dans les 10 derniers de mon école, mais quelle fierté ! Mes grands-parents n'ont pas forcément bien compris ce que je faisais, mes parents m'ont laissé faire mon choix sans me l'imposer (ils ont découvert tout comme moi le système des classes préparatoires le jour où je leur en ai parlé).
Bref, cela n'a pas été facile, mais j'ai réussi.
Or, c'est justement cette réussite que les quotas menacent. Car pour laisser la place à 30% de boursiers, il faut monopoliser les 30% de places "les plus basses", car sinon, à quoi bon un quota si les boursiers représentaient déjà 30% des admis..?
Cela prouve qu'ils n'ont pas (encore) le niveau, et qu'ils prennent la place des 30% des admis les plus "faibles".
Donc je fais partie..
On appauvrit donc le niveau général des admis tout en faisant de la discrimination positive au détriment de ceux qui, comme moi, ont réussi à intégrer les écoles les plus prestigieuses "de justesse" car n'ayant pas forcément les parents derrière pour payer des cours en parallèle ou donner un habitus "conforme". Bref, on ne fait que conforter les "élites" et on crée une inégalité flagrante vis à vis des classes moyennes. De plus, quelle valeur aura ce diplôme, s'il est "sur quota" ?

Bizarrement, j'ai toujours été juste au-dessus du plafond pour avoir droit à la bourse, alors que vis à vis de certains de mes camarades, j'étais tellement "pauvre" que je devais bosser les WE pour payer mes sorties (j'ai travaillé dans un magasin d'électroménager les dimanches, puis pompiste les WE, tout en faisant des baby-sitting). Chose inconcevable pour beaucoup..
Il y a pourtant d'autres idées à développer que de bêtement appliquer un quota. L'exemple de science-po est peut-être "positif" (je me méfie, il faut voir sur plusieurs années, pas lire le bilan auto-satisfait de celui qui a mis en place la mesure). Je voyais un reportage l'autre jour sur un de ces élèves "boursier" (comprendre: de banlieue) qui revenait dans son ancienne classe et qui disait "tentez votre chance, n'ayez pas peur, quand j'étais à votre place, j'avais pas des super notes, mais j'ai quand même été pris".
J'ai trouvé cette phrase presque choquante, montrant en tout cas qu'il avait encore des progrès à faire en matière de présentation de son expérience professionnelle...